Avant de quitter Uyuni nous allons voir le cimetière des trains à la sortie de la ville. Impressionnant, plein de vieilles locomotives rouillées les unes derrière les autres. On monte dessus, on s’amuse. Puis on prend la piste qui monte en direction de Pulacayo, ville minière fantôme. Ça monte dur et il faut aller doucement car le témoin qui indique que le bus chauffe s’est allumé… Les paysages, la vue sur Uyuni et au loin le salar sont magnifiques. 215 kilomètres de piste pour aller d’Uyuni à Potosi. Nous traversons d’immenses plaines remplies de troupeaux de lamas, parfois nous voyons des vicunas. Nous remontons et redescendons dans des plaines ainsi sur une bonne partie du trajet. Soudain nous rencontrons une vieille femme sans dent, elle bave du vert à cause des feuilles de coca qu’elle mâchouille, elle a un gros chargement de bois sur le dos et un immense troupeau de lamas. Nous décidons de nous arrêter pour la nuit à Vicicia, petit village se trouvant à environ 70 kilomètres de Potosi. A cinq heures du matin, on a entendu passer des gens… On déjeune puis on reprend la piste. On traverse de magnifiques paysages avec un très joli canyon dans les tons de rouges, de nombreux blocs sont arrivés là on ne sait pas comment. On remonte jusqu’à 4090 mètres et on arrive enfin dans cette cité coloniale de 145 000 habitants. Potosi est la ville de plus de 100 000 habitants la plus haute du monde ! Elle bat Lhassa. C’est aussi un des trésors d’architecture baroque du continent. Depuis 1987 elle fait partie du patrimoine naturel et culturel de l’humanité. On nous avait dit pouvoir dormir sur la place centrale, seul endroit plat de la ville. Elle est bouclée à cause d’une fête. Finalement nous entrons dans un espèce de parking. Avec la fête nationale du 6 août (demain), la fête d’aujourd’hui et le referendum du 10, nous serons tranquilles ici… Cynthia nous accueille, elle a 5 enfants, Maurizio, 14 ans, Catherine, 12 ans, Kevin 9 ans, Herlan 3 ans et Nestor 8 mois. Julio le mari travaille dans la construction. Il y a même de l’eau et de l’électricité. Nous sommes tous heureux de prendre une douche dans le bus avant d’aller manger en ville. En rentrant on s’arrête sur la place centrale congestionnée pour voir le défilé, les feux d’artifices et les lanceurs de bâtons. Nous qui pensions être tranquille, toute la nuit des gens viendront frapper à la porte en tôle (à côté de laquelle on est parqué) pour parquer ou venir chercher leurs voitures… Aujourd’hui, c’est la fête nationale de la Bolivie ! Noan a son petit drapeau bolivien. Delphine et Raphael n’ayant pas trop de temps, nous décidons d’aller visiter les mines. L’agence nous dit que c’est possible mais qu’il n’y a pas beaucoup de travailleurs. Je me souviens que mon amie Suzette avait été presque choquée par sa visite, la qualité de vie des mineurs et celle des enfants. De plus la fumée et les émanations des mines sont vraiment très polluantes pour les poumons, le fait qu’il n’y ait pas beaucoup de travailleurs favorise donc notre visite et surtout celle de Noan. Tout d’abord nous nous arrêtons au marché des mineurs. C’est là qu’ils achètent les feuilles de coca, l’alcool à 95 degré, le lejia de pommes de terre ou de camote, (pommes de terre douces) qui donnent du goût à la coca. Ils achètent aussi ici la dynamite, la mèche et le détonateur à base de mercure. Nous partons plus loin ou on nous équipe de pantalons, vestes, bottes, casques et lampes. Noan est tout fou. Ses bottes sont un peu grandes mais il ne bronche pas ! Nous remontons dans le bus et partons pour les mines d’argent de Potosi. Le Cerro Rico est troué de partout, pire qu’un gruyère ! Il y a environ 120 mines. A l’époque des Incas, le Cerro Rico était considéré comme une montagne sacrée. Elle n’était pas exploitée. Huallpa, un indien de l’altiplano révéla à Santano, un des nombreux aventuriers espagnols de l’époque de Pizzaro, l’existence du Sumac Orko « la plus belle montagne en quechua» à Potosi. Exploitée pendant trois siècles par les espagnols, la mine aurait produit suffisamment pour construire une route pavée à deux voies jusqu’à Madrid. Il y eu jusqu’à 10 000 galeries et plusieurs milliers d’entrées. Les conquérants firent construire par les indien de nombreuses lagunas afin d’alimenter leurs systèmes hydrauliques servant à l’extraction et au traitement de l’argent. Ils instaurèrent la Mita, c’était le travaille forcé (gratuit) par alternance dans les mines dans des conditions épouvantables. Ils créèrent El Tio, déité diabolisée par les espagnols mais protectrice pour les mineurs. Il est encore au fond de la mine et les mineurs le vénèrent aujourd’hui encore en lui demandant la chance de trouver un bon filon. Ils lui offrent des cigarettes, des feuilles de coca, ils lui versent de l’alcool à 95 degré sur chaque bras, chaque jambe et sur son sexe proéminant. Chaque année plusieurs dizaines de milliers d’indiens mouraient d’épuisement ou d’empoisonnement par les vapeurs du mercure qui servaient au traitement de l’argent. Cependant au début du 19 siècle les filons d’argent commencèrent à s’épuiser. La mine fût la propriété de l’Etat Bolivien qui fournissait aux mineurs le matériel et les maisons. Maintenant c’est une coopérative qui survit, et les mineurs s’exploitent eux-mêmes… Nous allumons nos lampes et pénétrons dans les entrailles du Cerro Rico. Nous marchons puis nous nous arque boutons pour suivre le labyrinthe de la mine « Maria ». Les veines ont toutes des noms qui datent de la période de la colonisation, les mines, elles, portent toutes des noms féminins. Nous rencontrons un mineur, nous montons une échelle pour le rejoindre. Il a l’air bien éclaté par la coca et l’alcool. Ses yeux sont vitreux, il prête ses outils à Noan. Il travaille avec un burin et un marteau, il progresse de 0,50 centimètre par semaine. Il a trouvé un filon et creuse des trous afin de placer son bâton de dynamite ou sa poudre pour faire exploser la roche. Les mineurs se sont mit d’accord pour que les explosions aient lieu à 12 heures et 18 heures. On nous explique qu’aujourd’hui, ils sortent 4000 tonnes de matériaux brut par jour. Ce sont les femmes « mineurs » qui trient les gravats dehors. Les camions amènent la matière à l’entrée de la ville dans les raffineries. On nous a parlé de 15000 mineurs, on a lu qu’il y avait 6000 mineurs, on ne sait pas trop. En tout cas leurs conditions de vie sont terribles et beaucoup meurent soit de la silicose, d’explosions ou d’effondrements de galerie. La durée de vie des ces mineurs est de 45 ans. Nous verrons un deuxième mineur qui nous offrira des bouts de minerai. Nous n’en verrons pas plus car c’est jour de fête nationale, c’est peut-être mieux ainsi. Nous ne verrons pas la raffinerie car elle est fermée. Nous retournons nous changer puis rentrons penseurs sur ce que nous avons vu et entendu. Le lendemain nous partons pour un trek, une marche de deux jours sur les hauteurs de Potosi pour voir les lagunes construites au temps des espagnols. Ça fait bien longtemps que nous n’avons pas eu un ciel gris mais ce matin c’est le cas, c’est tout couvert. Nous commençons à monter sur un chemin caillouteux. Noan me donne la main. Nous avions demandé un âne pour Noan, mais le guide, Renan nous dit qu’on l’aura peut-être ou un porteur, à trois heures de marche d’ici. On passe à côté d’une de ces lagunes construite par les indiens (nous en verrons 6 sur les 32 existantes, elles sont toutes artificielles) aux temps de la colonisation espagnole afin de faire fonctionner les machines hydrauliques qui permettaient d’extraire et de traiter les minerais sortis du Cerro Rico. Nous longeons cette lagune. Nous apprenons qu’en 1625, une de ses lagunes se rompit ce qui recouvrit de boue et de pierres toute une partie de Potosi. Nous longeons la chaine de montagnes Taki Taki. Nous arrivons sur un plat. L’ami de Renan, ou peut-être un âne devrait être là. Personne. Soudain au loin nous distinguons une silhouette qui arrive dans notre direction. C’est Pedro. En fait les ânes d’ici ne sont pas habitués à transporter des personnes, ils transportent des sacs mais assez rarement… c’est pour ça que c’est Pedro qui est venu nous aider. Le seul problème c’est que Noan ne veut pas se faire porter par Pedro qui n’a plus de dents… je crois qu’il en a peur, son visage très foncé, édenté, ses habits douteux, pourtant il sourit tout le temps en mâchant ses feuilles de coca… il veut son papa. Pedro prend donc le sac à dos de François et François porte Noan sur les épaules. Nous reprenons notre montée. Il fait froid et le vent souffle violemment lorsque nous arrivons au col après 4 heures et demie de montée. La vallée est magnifique, les 200 lamas de Pedro broutent au loin. Une petite rivière dessine des serpentins dans le fond de la vallée. Nous sommes à 4800 mètres mais je ne me souviens pas du nom du col, en tout cas c’est superbe malgré le ciel gris et nous sommes heureux d’être là. Nous buvons une goutte, prenons des photos et entamons la longue descente de 3 heures. Nous arrivons enfin au-dessus de quelques petites maisons. Quatre petites maisonnettes en briques de d’adobe forment un mur d’enceinte. Nous entrons par une petite porte et arrivons dans une petite courette. Un fœtus de lama pendu nous accueil, sur ce fil tendu en travers de la cours s’en suive, un placenta, un estomac, des entrailles, des choses qu’on ne connait pas… dans un coin quatre pattes sanguinolentes… la maman lama était blanche et noir. Les propriétaires (la maman et son fils d’une trentaine d’année, qui ne parlent que quechua) n’avaient pas remarqués qu’elle portait et qu’ils ont été vraiment surpris de voir un fœtus lama de 6 mois lorsqu’ils l’on ouverte ! Ils ne l’auraient jamais tuée ! Une chose est sure : pourvu que ça ne soit pas notre souper, on est tous d’accord là-dessus. En fait il n’y a pas de refuge, nous allons dormir chez l’habitant, chic ! Une vieille femme en jupon est devant un âtre dans la maisonnette qui sert de cuisine. En face une autre maisonnette sera notre dortoir avec un lit en bois munit d’un matelas, plus un matelas par terre. Une lampe à huile pend au mur. Les deux maisonnettes latérales servent de dortoirs pour les locaux et pour le guide. L’une d’elle est grande, elle est peu utilisée car il y fait plus froid. Ici pas de chauffage et pourtant le climat peut-être des plus rudes. Adossés à la grande maisonnette, il y a les enclos à lamas et à moutons fait tout en pierres superposées. Pas de toilettes, on va ou on pense. Nous nous mettons dans la maisonnette cuisine et observons la vieille dame qui s’occupe du feu. La fumée remplit la petite pièce et les yeux piquent. La vaisselle en métal est des plus douteuses… Le fils arrive avec sa brouette et un gros bidon plastique d’eau. Noan suit à la trace Renan, notre guide qui s’en va couper les tomates, nous épluchons les oignons, ce soir au menu soupe et spaghettis à la tomate. Les propriétaires s’en vont dans une maisonnette annexe. Nous leur servons la même chose qu’à nous. Pour nous c’est dans de la vaisselle propre en terre que Renan est allé chercher on ne sait ou… pour eux dans des bols en fer toujours aussi douteux… Qu’elle ambiance fantastique. L’âtre fait en terre avec des tous à la mesure des casseroles, le feu qui nous réchauffe, la fumée qui pique les yeux, le silence de l’endroit, et le bonheur de manger un délicieux repas, c’est simplement génial. Nous buvons un thé puis partons nous coucher. Notre petite pièce est éclairée par la lampe à huile. On nous apporte un matelas supplémentaire. On ne peut plus ouvrir la porte, tant pis pour les pipis nocturnes. Delphine et Raphael prendrons le lit, nous nous mettrons par terre. Petit hic, le sol penche et les jeunes pourraient bien tomber de leur lit étroit. Pour nous, tout va bien, Noan est déchainé, il rit et saute sur ces matelas qui sont vraiment durs… Nous immortalisons le moment puis soufflons la lampe à huile. Nous nous réveillons tous (sauf Noan) courbaturés par la dureté des matelas. Les hanches en avaient ras le bol du dur… Faut se lever ! Il est 7h30 mais ça fait déjà un moment que plus personne ne dort. Lorsque nous ouvrons la porte, surprise : tout est blanc et il neige ! Nous sommes bouches bée ! Nous traversons la petite coure pour aller à la cuisine. Renan s’affaire autour du feu. Pain, confiture, beurre (il a porté tout ça ainsi que le souper d’hier sur son dos…). Jus de fruit, thé et café. Noan ne réclame même pas sa bouteille… il sait que c’est autrement quand on trek. Aujourd’hui nous avons trois heures de descente jusqu’à Chaqui ou se trouvent un volcan nourrissant des bains thermaux de ses eaux sulfureuses. Il neigeote encore lorsque nous quittons ce lieu hors du temps, puis elle cesse pendant notre progression. Noan marche très bien. Sur les bouts difficiles ou il n’y a pas de chemin, François le porte. Mais la plupart du temps, il marche. Nous arrivons à une très jolie lagune de forme arrondie. Nous poursuivons, nous voyions l’endroit ou s’achève notre marche. Chaqui Banos un petit village au pied d’un petit volcan conique. Nous empruntons le lit d’une rivière avec ses grosses pierres. Nous voyions beaucoup de champs bien alignés qui montent en terrasse sur les contre forts des monts, collines et montagnes. Retour à la civilisation, nous croisons quelques marcheuses, des enfants puis nous arrivons enfin au village. On pourrait penser que tout le monde s’est réuni pour laver le linge. De nombreux lavoirs en béton sont alignés et un monde fou s’affaire à brosser, frotter, rincer et étendre toute ses couleurs partout. Nous continuons jusqu’à la place centrale ou nous mangeons local… il commence à pleuviner, on est arrivé juste à temps… Puis nous allons aux bains, pas très chaud mais on est content de pourvoir détendre nos muscles. Puis nous prenons le bus qui nous ramène à Potosi. Après une heure et demie de route, dont les 15 premiers kilomètres de piste, nous arrivons à Potosi. Fondue bourguignonne et Quebrada del Diablo finiront en beauté cette magnifique expérience authentique ! Nous avons appris par Renan que le jour du referendum, soit demain, il est interdit de circuler, de porter des armes, de consommer de l’alcool tout est fermé, aucun magasin ou restaurant ne sont ouverts. Raphael et Delphine hésitent à partir avec un bus ce soir. Finalement ils optent pour prendre l’avion de Sucre à La Paz puis d’aller à Arequipa puis à Lima en bus ce qui nous laisse un peu de temps encore ensemble. Ca aurait été dommage de couper court ainsi… Dans l’après-midi, nous faisons la visite guidée de la Casa de la Moneda. La Casa de la Moneda est le plus grand et le plus important bâtiment civil colonial des Amériques. Edifié au 18ème siècle. C’est ici qu’on frape la monnaie jusqu’en 1869, sur d’antiques matrices mues par des esclaves d’abord puis des chevaux ensuite. De 1869 à 1909, ce sont des machines à vapeur qui effectuèrent le travail. Tout est encore en place aujourd’hui, ce qui rend la visite particulièrement intéressante. Depuis 1930 cette maison est aussi un grand musée regroupant, dans une cinquantaine de salles, de riches collections de peintures, sculptures, d’art décoratif, de meubles coloniaux, d’objets provenant de fouilles archéologiques ou ayant trait au folklore et bien sûr, d’objets en argent et de pièces de monnaie. On y voit même des momies d’enfants espagnols hyper bien conservées grâce au climat de l’endroit. Le comble de cette visite est d’apprendre que jamais la Bolivie n’a fait frappé sa monnaie ici, ils n’ont pas la matière première du nickel, c’est donc en Espagne qu’est effectuée une partie de la monnaie bolivienne, les pièces de 5 bolivianos sont faites au Canada ! Incroyable mais vrai ! La visite est passionnante. Le lendemain, 10 août, jour du referendum pour décider si le président Evo Morales ainsi que les préfets de certaines régions doivent rester ou pas… nous restons au bus, installons la table dehors et passons une journée tranquille. Résultats du referendum : tout le monde reste à son poste ! Nous prenons congé de Cynthia et sa famille le cœur gros. Grand luxe, route goudronnée et en bon état. Les paysages sont arides. Quelques petits villages, des maisons en adobe, des ânes, des moutons, fini les lamas…Nous entamons une longue descente (nous allons passer de 4090 mètres à 2790 mètres). Nous arrivons à Sucre après deux heures et demie de route. A l’approche de la ville nous voyions les « bloquéos », gros tas de terre au milieu de la route qu’ils ont évacués avec des trax. Effectivement impossible de passer. Les palmiers annoncent un climat bien plus doux que Potosi. Nous sommes épatés par les magnifiques monuments d’une blancheur immaculée. La plazza est splendide, nous décidons de nous parquer là pour dîner. Puis nous partons visiter le Musée de Arte Indigena. Magnifique musée dans une belle maison présentant l’histoire du textile dans la région de Sucre