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"Le vrai mystère du monde est le visible, non l'invisible."
11 Salta (Arg.) – Cafayate (Arg.) 09.08

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On est content de retrouver l’Argentine ; fini l’aventure de la Bolivie, nous retrouvons la « civilisation » mais surtout des panneaux indicateurs qui changent notre vie, enfin on sait ou on va ! Plus besoin de demander trois fois sa route, plus besoin d’essayer de comprendre les gestes amples et vagues qu’on nous fait.

En fait deux raisons nous font revenir à Salta. La première : la situation politique de la Bolivie. Les bloqueos qui ont finalement eu lieu et qui ont été suivit d’émeutes violentes nous aurait créé de gros soucis pour entrer au Brésil ou au Paraguay. La seconde raison s’appelle « El Tren a las Nubes » le train des nuages, le plus haut train du monde ! Au mois de mai, nous nous étions renseignés sur ce périple que nous avions très envie de faire, mais le train était encore en rénovation (il a été arrêté trois ans pour la réfection des voies ; le changement de la locomotive et des wagons!). Je m’étais renseignée depuis la Bolivie par email et nous avons appris qu’il fonctionnait à nouveau depuis début août. C’est donc vendredi 5 septembre qu’un de nos rêves (un de plus) se réalise. Il est 5h30 lorsque le réveil sonne. A six heures nous trouvons un taxi qui nous conduit à la gare de Salta. Il fait froid, on a gants et bonnets ; et dire qu’on va monter à plus de 4200 mètres. La gare est bondée. On nous indique de monter dans la voiture « B ». Il ne fait vraiment pas chaud même dans le train… A 7h30, le train des nuages klaxonne, il commence à bouger et nous voilà partis. Nous partons de Salta à 1187 mètres et finirons notre balade au viaduc La Polvorilla à 4220 mètres, nous faisons 3330 mètres de dénivelé sur notre parcours et 230 kilomètres par trajet, soit au total 460 kilomètres et 6630 mètres de dénivelé, le tout en un jour ! 21 tunnels, 29 ponts et 13 viaducs ! Il a fallut 27 ans pour la construction cette ligne, elle a commencé en 1921 et fut réalisée par des mineurs. Ce train n’a pas de crémaillères c’est donc avec des zigzags qu’on monte ou parfois avec des « rulos » qui nous font passer sous le viaduc, faire une large courbe autour de la montagne et passer sur ce même viaduc. Les paysages sont grandioses. La ligne s’engouffre dans la Quebrada del Toro, une vallée très encaissée et très impressionnante. Le train zigzague sur la crête des montagnes, il creuse sa voie sur leurs flancs, nargue les ravins au niveau d’El Alisel et de Chorillos à plus de 3000 mètres d’altitude. Puis on atteint la station de chemin de fer la plus élevée du pays, sur un plateau désertique : Abra Munano à 4008 mètres, puis on redescend, on passe à un endroit qui ressemble à une palette de peintre tant les couleurs sur les formations rocheuses sont nombreuses, c’est magnifique ! On redescend jusqu’à 3774 mètres ou se trouve la petite ville minière de San Antonio de los Cobres, située sur un plateau désert et désolé. Ici on parle le Quechua. Les habitants vivent des mines ou s’extraient le plomb, l’argent et le zinc. Nous continuons à monter à travers la Puna (les haut-plateaux d’Argentine, en Bolivie ils s’appellent les altiplanos) pour arriver au formidable viaduc de La Polvorilla à 4200 mètres d’altitude. Il est passé deux heures, et comble du comble Noan vient de s’endormir, je le lève pour qu’il voie le viaduc par la fenêtre mais c’est en vain, il est trop fatigué et ses paupières se referment, dommage car c’est le clou de l’excursion, mais c’est ainsi, cinq heures et demie ce matin, c’est bien normal. Nous l’avions vu, le viaduc La Polvorilla, sur des images qui nous ont fait rêvés ou dans des reportages qui nous ont donné envie d’aller le voir de tout prêt. La musique classique qui se joue pendant notre arrivée donne une grande ampleur au moment. Le train s’arrête tout le monde est aux fenêtres. Puis la locomotive change de côté et nous pousse. On traverse ce viaduc de 65 mètres de haut ! Vraiment impressionnant. On revient en arrière, on s’arête et on sort pour admirer ce monument. Sa forme est en demi-lune, les piliers métalliques sont gigantesques, l’admiration nous fait oublier la violence du vent qui nous fouette de toutes ses forces. Nous montons sur un petit mirador pour prendre quelques photos. C’est vraiment très impressionnant. Nous apprenons que le nom du viaduc de « La Polvorilla » viendrait du fait que les mines alentours provoquaient énormément de poudre et de fumée. Voilà, encore un de nos souhaits réalisé ce qui nous rapproche inévitablement de la fin du voyage… Nous repartons la tête occupée par ce que cette construction a demandé, l’ambiance austère et désertique de l’endroit n’a pas facilité les travaux de tous ses hommes dans les années 1920 ! Les matériaux devaient être acheminés à dos de cheval. Une grande œuvre tout simplement. Quelle magnifique journée et quelle expérience inoubliable ! A notre avis, malgré le prix onéreux, l’expérience vaut vraiment la peine. De plus, on a eu beaucoup de chance avec la météo, car hier c’était tout gris et on ne voyait rien.

Nous profitons de notre halte à Salta pour refaire un lifting à « Petit bus » qui en a grand besoin. Nous retournons dans le même « garage » qu’il y a trois mois. Le gars qui s’occupe de l’ « opération » est à moins une de verser lorsqu’il ouvre le capot, à peine si on voit encore le moteur tant la poussière des pistes Boliviennes à recouvert le tout. Il commence par nettoyer le moteur, le démarreur (qui a recommencer à faire de drôles de bruits), fait le service ordinaire, puis, conclut que le problème qu’on a à démarrer la première fois de la journée provient d’un manque d’énergie de la batterie. On nous emmène chez un spécialiste qui vérifie et finit par nous dire que côté électrique tout est en ordre ; le problème provient des bougies de préchauffages qui sont mortes… (on les a changées à Calama fin mai !). Il les change puis énumère les autres problèmes qu’on a, l’huile qu’on a changé il y a seulement deux mois et qu’on vient de rechanger est épaisse comme de la mélasse, la perte de puissance, la fumée hyper noire, tout correspond, il voit un autre problème avec la pompe à injection… On nous conduit chez un autre spécialiste qui fini par dire que nos problèmes pourraient provenir de la pompe et la règle. La semaine passe terriblement vite entre tous ces rendez-vous matinaux…

Nous prenons finalement la route des vallées Calchaquies. Nous traversons Salta et prenons la route 33, moitié asphalte, moitié « ripio ». Nous quittons la vallée de Lermas et traversons une forêt luxuriante avec quelques petits villages qui semblent vivre de l’industrie du bois. La route devient piste de terre, étroite et sinueuse, elle élève à travers les montagnes, nous voici dans la Quebrada de Escoipe… vallée très luxuriante dans un premier temps ou la piste surplombe le rio du même nom. Deux ou trois ponts en fer rouillés et vieillies planches de bois. En face des parois rouges, vertes et ocre. Le brouillard n’est pas loin, et voilà que soudain il nous encercle, nous ne voyions plus qu’à deux mètres. Des montagnes rouges et vertes (sulfate de cuivre) décrites dans notre guide, nous n’en verrons plus rien. Idem pour la Vallée Enchantée. Les lacets s’enchainent (étant parfois très étroits et en tête d’épingle) et la piste de terre se transforme en piste de cailloux. Nous traversons fréquemment des petits cours d’eau à gué qui vont se jeter dans le rio. Tout le reste de cette montée, réputée comme étant splendide, se fera ainsi. Arrivés au point culminant, Piedra del Molino, à 3348 mètres, nous nous arrêtons ; Noan dort depuis un bon moment, nous allons prendre la température, très frisquet avec un vent violent. Restons-nous là et faisons-nous le reste demain au cas où il ferait beau ? Il fait trop froid, nous décidons d’aller jusqu’à Cachi. Quel dommage ! Il faut tout de même reconnaître que c’est bien la première fois du voyage, on ne peut donc pas se plaindre. Nous redescendons un peu et débouchons, ho ! surprise sur un immense plateau appelé Cachi Pampa. Nous laissons derrière nous les montagnes et le brouillard. La végétation est rare. Nous redescendons de ce désert plat par la ligne droite Recta Tin Tin, longue de 19 kilomètres. Bordée de milliers de cactus géants, au cœur du parc national Los Cardones, Recta Tin Tin est connue dans tout le pays (il nous semble pourtant avoir parcouru d’autres lignes droites aussi longues que celle-ci…). Une vingtaine de kilomètres plus loin, à Payogasta, on rejoint une vieillie connaissance, la routa 40 (ou plutôt la pista 40) que nous avons parcourue en début de voyage… et qui traverse toute l’Argentine (elle commence à Abra Pampa, à 70 kilomètres de la frontière bolivienne, et descend sur presque 4000 kilomètres, longeant la cordillère des Andes, franchissant des cols élevés (jusqu’à 5000 m d’altitude) pour atteindre le détroit de Magellan et finir à Rio Gallegos tout au sud de la Patagonie). On est presque surpris de rencontrer le petit village de Cachi tant la région qui précède est désertique ! Mais on n’est pas déçu : en quelque sorte la capitale des vallées Calchaquies, à 2000 mètres d’altitude, construite au pied du Navado de Cachi dont les cimes dépassent les 6000 mètres, Cachi a du cachet ! Grâce à son isolement, la petite ville a conservé son authenticité coloniale, ses maisons basses, ses rues pavées et son calme. Les habitants aiment à dire qu’ici les gens meurent que de vieillesse tant le climat est vivifiant. Nous allons visiter l’église de style coloniale du XVIIIe siècle avec son toit de cactus, puis le musée archéologique. Il y a plein de magnifiques pierres sculptées de pétroglyphes et une très belles collection de pièces des époques pré-incas, inca et espagnole. Nous poursuivons la piste 40 qui suit les contours des montagnes. Les paysages sont très agricoles, la vallée s’élargit et se transforme en grande plaine. Nous y voyions des chevaux, des chèvres et des ânes. Les maisons sont en pisé. Nous longeons la rivière Calchaqui. Nous nous arrêtons à Molinos pour visiter sa jolie église datant de 1720 classée Monument Historique. Elle a un joli toit de cactus, un autel bien doré et des scènes de vie du Christ tissées avec de la laine d’alpaca. Nous poursuivons notre route et passons à Augastaco et sa verte vallée puis nous traversons une série de « quebradas » formidables, fascinantes et si différentes le long du Rio Cachalqui. D’énormes dunes lunaires sculptées, puis nous entrons dans la Quebrada de Las Flechas. Des milliers de formations rocheuses en forme de flèches passant du blanc gris au rouge sur des kilomètres. Des flèches qui sortent de terre et sont dirigées vers le ciel. Ces formations sont en grès. Par moment il y a d’immenses falaises, François me dit que si tout cela était « grimpable », on pourrait y faire de l’escalade pendant des années sans faire deux fois la même voie ; ce serait le site le plus grand du monde, et de loin… La piste serpente entre ses formations, parfois ils ont du couper des flèches pour la faire passer. C’est vraiment impressionnant ! Gentiment nous quittons cette région fantastique, les ceps de vigne se multiplient et après avoir passé San Carlos et Animana nous arrivons à Cafayate.

Depuis que Noan à son vélo, nous dormons régulièrement sur les places centrales des villes et villages ; elles sont idéales, plates, pavées et fleuries. C’est aussi en Bolivie ou les campings sont quasi inexistants que nous avons choisi cette tactique. C’est toujours animé (un peu trop parfois le weekend) et ce n’est pas là qu’on va nous braquer… Sur la place de Cafayate, Noan se fait tout de suite des petits copains. C’est incroyable, en quelques mois la gêne a disparu ; il faut reconnaître que son espagnol est excellent (il joue avec nous, invente des chansons et rêve en espagnol), il parle mieux que les parents entendons-nous parfois ! Il va directement faire le contact vers les enfants qu’il a choisi. En général ça passe toujours et ils se mettent à jouer ensemble. Avant il lui fallait quasi trois quart d’heure et il fallait en plus l’accompagner, et oui il grandit et grandit ! Nous avons remarqué que si nous ne restons pas plus de deux jours, les séparations se passent sans problème, au delà c’est une autre histoire.

Publiée le : 04.10.2008 à 08:10:16
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