Gramado 03.11.08 – Canyon Itaimbezinho 08.11.08 (Brésil)
Nous prenons la route pour Gramado et Canela. A Gramado nous nous régalons d'une orgie de fondue… comme entrée fondue au fromage qui nous fait vraiment très plaisir, on pensait qu'on poursuivrait par la bourguignonne mais on poursuit par griller notre viande sur une pierre chaude, puis on termine par la fondue au chocolat… qu'elle soirée ! Pourquoi des fondues ici me direz-vous ? Par ce que la région a été colonisée par des allemands et des autrichiens, il y aussi quelques suisse d'où le restaurant « Belle du Valais » inabordable pour notre petite bourse… Nous visitons, pour faire plaisir à Noan, dans cette ville de montagne digne de Montana (pas pour l'altitude… nous sommes à 800 mètres, mais pour ses boutiques chics et son apparence guindée) le Mini Mundo, miniatures d'Europe ! et… le musée du Père-Noel, on y verra sa voiture et on pourra même visiter sa maison… il y a des rennes vivants dans un enclos et on peut aller déposer une demande écrite sur une plaquette de bois sous un arbre… très impressionné notre Petit Bout ! Nous filons à Canela pour aller voir le « Parque do Caracol » et sa cascade haute de 131 mètres, magnifique et très impressionnante.
Puis nous nous dirigeons vers Cambara do Sul. De là, une piste de terre de 20 kilomètre nous conduit au canyon Fortaleza situé dans le parc national de « Serra Geral ». Lorsque nous arrivons, nous ne voyions pas le canyon et il pleuvine. Nous enfilons les vestes de pluie et partons à la découverte. Le canyon est immense et impressionnant. Sa hauteur est de 980 mètres. Il y a des falaises minérales et végétales. En face il y a quelques cascades avec des ressauts ; au fond une rivière serpente. Nous longeons la corniche du canyon. Le temps se gâte et de gros nuages noirs arrivent. Nous rentrons au bus, à peine sommes-nous à l'abri que le temps se déchaine, c'est la fin du monde. Il fait presque nuit, le vent secoue le bus comme en Patagonie, on avait oublié cette sensation, on dirait un petit fétu de paille dans la tourmente… Noan ne s'inquiète même pas, il dévore sa branche de chocolat en regardant par la fenêtre, heureusement. Je trouve le vent d'une violence inouïe. Les éclairs fusent et le tonnerre gronde. La pluie martèle le toit et les fenêtres de « petit bus ». Le bruit est tel qu'on s'entend à peine, puis la pluie se transforme en grêle, on ne s'entend plus. On est collé aux fenêtres. La place de parc est en pente et un ruisseau rougeâtre descend maintenant en direction des champs, les vaches ont disparus. L'eau rentre par la fenêtre de derrière, celle qu'on nous avait ouverte sur le bateau. Je ne sais pas combien de temps la tempête à duré, mais bien assez longtemps c'est sure ! Le temps se calme, le brouillard se dissipe, le tonnerre s'éloigne. La pluie cesse. Nous enfilons les vestes de pluie, remontons les pantalons et repartons voir le canyon, en crocs cette fois. En chemin, il y a quelques belles flaques et Noan est tout content de pouvoir marcher dans l'eau sans qu'on l'avertisse qu'il va mouiller ses chaussures... Le canyon se découvre peu à peu, c'est une ambiance vraiment particulière, presque extraordinaire ; la paix et le silence après la tempête. Il y a maintenant plein de cascades en face, l'une d'entre elles est monstrueuse, elle a gonflé avec la tempête et se jette dans le vide, deux soubresauts puis elle court à la verticale de la falaise pour finir par se jeter dans la minuscule rivière. Un rayon de soleil réchauffe l'atmosphère et embelli ce grandiose panorama. Noan n'a pas peur d'aller tout au bord du canyon et nous devons le réprimander à plusieurs reprises, on a beau lui expliquer ce qu'il risque mais rien à faire. Une chose est sure, sur le bateau, il se déplacera dehors avec une corde car il n'y a aucune sécurité. On a l'impression d'être seul au monde, la nature est quand même puissante, en voyant ce canyon, cette faille de 980 mètres de hauteur, on prend conscience de la grandeur de notre planète, une fois de plus.
Nous sommes quand même un peu inquiets pour le retour car avec les trombes d'eau d'hier, la piste va être glissante. Nous arrivons sans encombres jusqu'au poste du garde parc. C'était cette montée qui nous inquiétait. Le poste est placé au milieu de la montée, nous nous arrêtons, il relève le numéro de plaque et nous repartons. François met les gaz, on encourage le bus, on se balance pour le faire avancer, mais ça ne passe pas, « Petit bus » refuse de faire le reste de la montée. Les campons des pneus sont plein de boue et il patine. On redescend jusqu'au garde parc et à nouveau, full gaz, le bus saute, peine et finit pas vaincre cette montée. Ouf ! À peine nous sommes nous remis de nos émotions, qu'une longue montée nous surprend, on l'avait oubliée celle-ci. Full gaz en deuxième, le bus avance, on passe le plus raide, on fait le virage ; il peine, changement de vitesse obligatoire si non il crève, il peine on l'encourage « Allez petit bus ! allez ! », Il patine, il se met de travers, faudrait pas passer dans la rigole car là on ne sort plus, puis c'est la fin, on était presque sorti, on avait fait le plus raide mais il n'en peut plus, il patine. Faut dire qu'on a le plein d'eau et d'essence. On recule jusqu'à la sortie du virage et on se relance. Je suis septique car pour le premier passage, on avait plus d'élan, doc plus de vitesse et François avait vraiment fait ce qu'il fallait. Full gaz, on encourage, on pousse, Noan est tout excité ! Nous on est plutôt inquiet… « Petit Bus » se met de travers, puis il glisse de l'autre côté, commence à patiner et c'est fini, on est arrivé moins loin qu'avant. En reculant, dans le virage on ne passe pas loin de la rigole, aie, manquerait plus qu'on se plante dans le côté de la route, ça passe juste, on a de la chance. Une troisième tentative sera vaine. François stoppe le bus de manière à laisser la place pour passer. Noan nous dit d'aller demander au garde parc d'appeler un 4x4. Je lui explique qu'ils n'ont pas de téléphone et que c'est loin. Il veut y aller à pied tout seul, il descend un bout puis remonte, « Maman comment on dit remorquer en portugais ? » aucune idée, « mais regarde dans le dictionnaire… ». François prépare la corde de remorquage, on ne l'a jamais servie et elle me parait bien courte, il y a pourtant les 5 mètres réglementaires, mais avec le jet des pierres si on nous remorque on risque de casser le pare-brise. François vide un peu d'eau, puis il dégonfle les pneus, je joue avec Noan qui ne s'en fait pas, on vise un gros caillou avec des petites pierres. Il a arrêté de pleuvoir. François me dit qu'il est prêt à faire une quatrième tentative, je suis plutôt pour attendre car on use le bus ainsi et on risque de se mettre dans une posture encore plus désastreuse si en reculant on passe dans la rigole. Il la sent, je laisse faire. Il recule jusqu'au point de la derrière tentative, il lance le bus, passe devant nous en trombe, avec Noan on l'encourage, on tient les pouces, on crie, il se met de travers, François corrige le tire, il glisse mais se reprend, il passe le caillou qui nous a bloqué avant et ou on a laissé de la gomme, il repart de travers, François recorrige, on ne voit plus le bus mais on entend encore le moteur rugir, ce qui est bon signe, serait-ce bon ? Suspens… on court et on voit le bus arrêté sur la bute, yes, bravo papa ! Il l'a fait. On le félicite on l'embrasse, on félicite « petit-bus » et on reprend la piste. Nous arrivons saints et saufs à Cambara do Sul.
Nous voulions aller voir le canyon d'Itaimbezinho qui se trouve dans le parc national de Serra Aparados à 18 kilomètres de piste d'ici. Nous hésitons, ne poussons-nous pas notre chance trop loin ? On s'en est sorti, on ne va pas remettre ça. Mais on est quand même bien tenté, on est venu là pour ça. Les voix des diablotins et des petits anges ou de la tentation et de la raison se chicanent. Il ne pleut plu, allez, on y va, mais à la première alerte on rebrousse chemin, c'est promis. A peine sommes-nous sortis du village que nous arrivons devant un devio (détour)… le chemin ordinaire est barré, il faut passer à droite, descendre et… traverser une rivière à gue ! On ne s'attendait pas à ça, on pensait que s'en était fini des épreuves du jour et ça recommence ! Est-ce un signe qu'il faut renoncer ? On parque le bus et on descend voir la rivière. François me dit que c'est faisable… je vais sonder la rivière, je la traverse, effectivement il y a de grandes plaques de cailloux, en passant sur la droite ça devrait jouer. Je vais chercher Noan et nous traversons ensemble. Un gros camion chargé de bois arrive, je pose la question, « passa bem » me dit le chauffeur tout sourire. On observe, c'est exactement la trajectoire qu'on avait pensé prendre. Il a fait un arrêt à un moment pour descendre d'une plaque à l'autre mais il a bien passé. OK on y va. J'ai l'appareil de photo à la main, (j'ai oublié de prendre en photo la montée infernale de ce matin, j'étais trop tendue), Noan est avec moi, il est tout excité ! François présente le bus, je lui indique plus à droite pour éviter l'escalier des plaques et ça passe tout gentiment. La piste est plus large que celle de ce matin. Ca monte et ca descend assez doucement, il y une descente qui pourrait éventuellement poser problème au retour, mais on est déjà en bas, c'est dur de se rendre compte de la raideur d'en haut… Après une heure, nous arrivons à l'entrée du parc.
Nous préparons à manger et voilà que l'orage arrive et que la pluie tombe à verse. Nous attendons une accalmie et partons à la découverte du canyon Itaimbezinho. Un arrêt à l'information touristique confirme la hauteur que nous avions estimée du Canyon Fortaleza qui est de 980 mètres et nous apprend celle d'ici qui est de 720 mètres. Il y a deux balades, une de 6 km celle de Cotovelo, et l'autre Vertice avec la vue sur la cascade « Veu de Noiva » haute de 300 mètres. Malgré le temps incertain, nous optons pour la plus longue d'où nous verrons le cayon de face. Equipés de nos vestes de pluies et de nos crocs nous empruntons un petit pont puis commençons à longer un chemin de terre parsemé d'immenses gouilles. Quel plaisir de pouvoir marcher dedans sans se faire gronder. L'ambiance est spéciale avec la brume qui bouge et qui transforme le paysage. Nous entendons gronder une cascade mais ne la voyions pas. Puis la piste de terre laisse place à un sentier, et soudain nous entrevoyions le canyon qui joue à cache-cache avec la brume, puis à gauche nous voyions une immense cascade gonflée par l'abondante pluie de tout à l'heure. Nous longeons le bord du canyon en observant sa profondeur et sa rivière qui coule tout au fond. C'est une atmosphère vraiment spéciale, nous sommes seuls à part quelques petits oiseaux et quelques petites biches. De plate-forme en plate-forme, nous nous émerveillons devant ce spectacle grandiose. Le temps mitigé donne une dimension supplémentaire à cet endroit déjà spectaculaire. On est presque triste d'arriver en bout de balade, on aurait bien continué à longer ce précipice. Soudain le ciel s'assombrit, le canyon disparaît dans le brouillard et les gouttes se multiplient, nous décidons d'entamer notre marche de retour. Heureusement la pluie était de courte durée et nous n'avons pas eu d'orage. Les superbes araucarias ainsi que la flore en général sont magnifiques et invitent à la contemplation et à la photo. Fougères se dépliant lentement et silencieusement… petites fleurs illuminées par quelques perles de pluie, flaques jaunes reflétant les majestueux araucarias, un endroit presque irréel et reposant. Il est passé cinq heures et demie lorsque nous arrivons au bus. Le parc ferme normalement à 17h30, mais les gardes parc ont l'air d'avoir disparu. Nous décidons de dormir ici.
En attendant, je propose à chacun de dessiner ce que nous venons de voir : le canyon Itaimbezinho. En allant chercher son plumier dans l'armoire, Noan reçoit le battant sur l'index. Aie ! Ça fait vraiment mal, ça nous est arrivé à chacun, t'as l'impression que le doigt est coupé. Je le console, on trempe la main dans l'eau froide, puis on commence à dessiner. C'est fou comme chacun à une perception bien différente de la même chose. Un dessin montre le canyon d'en haut, l'autre de face ; mais ce qui apparaît sur les trois ce sont les trois petits bonhommes sur les plateformes… Nous commençons à préparer la pâte à crêpe lorsqu'un pick-up arrive et nous klaxonne. Sans sortir du véhicule, le « chef » nous demande de sortir du parc, c'est interdit de dormir ici et repart. Nous rangeons tout ce qui peut basculer et allons stationner juste après la barrière du parc. En soupant nous sommes spectateurs d'un magnifique coucher de soleil aux 1001 teintes, orange, jaune, violet, bleu et rouge et j'en passe, on dirait que le ciel s'est enflammé. Après les quelques angoisses d'aujourd'hui, qu'il est agréable de retrouver la sérénité.
Il fait grand beau ce matin. Nous décidons d'aller faire la deuxième balade du parc, celle de « Vertice » qui offre une vue sur la cascade « Veu de Noiva » haute de 300 mètres. Elle dure 45 minutes. Le chemin est super bien aménagé, même les chaises roulantes peuvent y aller. Deux gros vautours noirs sont perchés sur un araucaria. Nous continuons, traversons à gué un ruisseau qui se prépare à se lancer dans le vide. Nous voyions à peu près 30% de la totalité du canyon. Il est beaucoup plus étroit que celui de Fortaleza. Plusieurs cars sont arrivés, nous retournons gentiment au bus.
On nous avait recommandé de revenir sur nos pas pour gagner le littoral. Nous demandons aux chauffeurs de car ce qu'ils pensent ; unanimement, les quatre qui boivent le « chimaron » nous conseillent ne pas repasser par Cambara do Sul, ce qui représente un détour d'au moins 100 km, mais de descendre directement sur Praia Grande (qui n'est pas de tout au bord de la mer…). La piste est assez bonne puisqu'ils montent avec des cars et ça descend tout le long. 22 kilomètres de piste (ce qu'il faudrait faire aussi dans le sens inverse si nous revenions sur nos pas) puis du goudron depuis Praia Grande. C'est un col, ça tourne beaucoup mais pas de problème avec notre bus… OK, on va suivre leurs conseils. On efface ainsi les points d'interrogation d'une montée délicate et de la traversée de la rivière à gué... En route donc pour la mer, adieu la montagne… cette fois surement jusqu'à la maison ! On a bien fait de faire cette excursion aventureuse qui nous a rapproché de la nature et nous a montré un tout autre visage du Brésil, un peu dommage pour la météo mais ça nous a permis de contempler des paysages mystérieux. Avant le grand plongeon, il y a tout de même quelques petites montées mais rien d'inquiétant. On arrive à un magnifique point de vue sur la fin des canyons leurs ouvertures sur la plaine et tout au fond la mer…