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"Le vrai mystère du monde est le visible, non l'invisible."
17ème épisode, Canyon Itaimbezinho – Buenos Aires

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Canyon Itaimbezinho 08.11.08 (Brésil) – Buenos Aires 25.11.08 (Argentine)

 

 

La fin du voyage approche à pas de géant…mais nous profitons toujours intensément de chaque moment et avons toujours autant plaisir à découvrir de nouveaux endroits. Nous quittons les canyons brésiliens pour retourner en bord de mer. Nous nous arrêtons à Torres, jolie petite ville du littoral. La météo est toujours aussi incertaine et passe du coq à l’âne. Quelques heures de soleil puis le ciel s’assombrit et les averses nous arrosent abondamment. Selon les autochtones, au printemps normalement c’est plutôt un, voir deux jours de pluie, puis cinq jours de beau ; cette année ça s’est inversé, cinq jours de mauvais et un, voir deux jours de couvert à beau… Le changement climatique est planétaire et durant ce voyage nous en avons été témoin à de nombreuses reprises. Des situations encore plus éloquentes et révélatrices que chez nous… Les conditions humaines drastiquement transformées en quelques années, la disparition dans certaines régions d’animaux, la disparition de pâturages pour les troupeaux… et j’en passe. La grande question subsiste au fur et à mesure de cette triste réalité : que pouvons nous faire ???

Les brésiliens sont très chauvins, ils nous disent qu’à Torres on trouve les dernières belles plages. Plus au sud, il n’y en a plus selon eux. Nous passons donc une semaine à Torres. Nous sommes garés à côté d’une belle place de jeux avec balançoires, rampes et j’en passe. Chaque fin de journée, nous suivons avec grand intérêt un groupe d’hommes entre la trentaine et la septantaine qui vient jouer aux boules. Les parties sont animées et nous sommes ravis de pouvoir assister à ces matches hauts en couleur. Nous observons les tics de chacun, il y en a un qui termine leurs jets par des genres d’arabesques spastiques… d’autres qui tapent nerveusement les boules avant de les lancer, et un autre qui semble mâcher chaque fois qu’il lance la boule… Ces dernières sont plus grosses que celles de chez nous, elles ne sont pas en métal mais en bois avec un cochonnet blanc. Les équipes varient, parfois deux dans chaque camps, parfois quatre. Ceux du fond observent et donnent les consignes que les lanceurs « essaient » de suivre, puis ça s’inverse. L’ambiance est parfois houleuse… faut préciser qu’ils jouent à l’argent, et les spectateurs autour parient ; les reals (monnaie brésilienne) circulent. Ils jouent longtemps, puisque la piste est éclairée. Nous visitons le parc Guarita. On y trouve d’immenses falaises rocheuses, genre hauts promontoires recouverts d’un doux gazon desquels on admire les plages, les ressacs et la côte qui n’en finit pas. Dommage que nous y allons le dernier jour car il y a du bloc à faire. Nous enfilons les chaussons et nous nous amusons tout l’après-midi. Quelques voies sont équipées mais les spits sont dans un tel état de décomposition que nous ne sommes pas du tout tentés…

Nous quittons Torres et prenons la route du sud. Nous longeons le littoral en passant par Bojuru et Curral Alto. Nous nous arrêtons le long de la réserve écologique de Taim ou nous observons, hormis de nombreux oiseaux,( j’ai lu qu’il y vivait environ 600 espèces différentes…) de gros rats comme nous avions vu à Rurrenabaque avec Noan, les capibaras. A peine ai-je dis à François qu’il pourrait bien y avoir des caïmans en observant la flore de la région, que hop, je plante sur les freins, François saute à terre, et oui, photo à l’appui c’était bien un caïman… on voit aussi un immense varan (2 mètres) tout près de son trou et encore un caïman qui cette fois se glisse dans l’eau doucement lorsque François s’approche. Les clichés montrent qu’il gardait un œil glacial sur nous…

Il pleut à verse lorsque nous sortons de la réserve. Sur tout ce bout de tronçon, il est difficile de trouver des endroits pour passer la nuit ; un, à cause du sable qui complique les accès, puis, à cause des gens réservés et des clôtures qui sont partout. Une fois, en m’approchant d’un groupe de maisons pour demander si nous pouvons dormir ici, plusieurs personnes me hurlent dessus en faisant des grands gestes qui signifient « allez-vous en ! oust ! partez ! ». La région est très agricole, on y cultive principalement des oignons, mais il y a aussi d’immenses forets de pins, on observe des sacs en plastiques cloués contre les arbres qui récoltent la sève. En me renseignant sur le pourquoi, je crois comprendre (mon brésilien est assez limité) que c’est pour stopper la progression de l’arbre. En fait c’est une région ou les touristes ne viennent quasi pas et encore moins équipé d’un genre d’ « ORNI » (Objet Roulant Non Identifié). Ca fait quand même bizarre de se faire chasser ainsi, j’étais toute retournée. De tous mes voyages, que ce soit en bus ou à vélo, c’est la première fois que ça m’arrive. Même au Kirghizstan lorsque nous étions à vélo avec Suzette, jamais on ne nous a chassées. Finalement c’est près d’une église que nous trouvons refuge.

Nous quittons le pluvieux Brésil à Chui et entrons en Uruguay à Chuy. Nous passons la douane sans problème. Le bus n’est même pas fouillé. Je me renseigne sur une mise en garde placardée devant la douane concernant « La Dengue », maladie assez lourde transmise par une espèce de moustique qui vit dans la région, les symptômes sont maux de tête, yeux irrités, vomissements, il faut contacter de suite un médecin. Le douanier me dit que c’est vrai mais qu’il n’y en pas beaucoup… peu de chance qu’on se fasse piquer par cette méchante bêbête. Notre première halte se fait dans l’unique parc national du pays, le magnifique parc Santa Teresa. Une belle foret avec plein de différentes essences longe une superbe plage de sable et de rochers. Nous visitons le fort de Fortaleza. Il date de 1762 et a été construit par les Portugais. Ces derniers l’on légué aux Espagnol 1763 – 1775. En 1927 il est déclaré monument national et sa restauration a lieu entre 1928 – 1940. Les murs de l’enceinte sont énormes, au moins deux mètres cinquante. Il y a une salle semi souterraine ou étaient conservées les munitions, la « Polveria » avec un plafond arqué contre les boulets des ennemis. Noan n’ose pas entrer, on y va ensemble, puis ce sera l’endroit ou il retournera trois fois et qu’il aura préféré, allez savoir pourquoi… ?

L’Uruguay nous plait bien et il fait grand beau ! Nous sommes heureux de pouvoir reparler espagnol. Si nous avions su, nous serions descendus en Uruguay avant car plages sont aussi belles que celles du Brésil mais avec le soleil en prime. On nous a recommandé d’aller au Cabo Polonio. Impossible de s’y rendre avec « Petit Bus » car l’accès se fait par une piste sablonneuse. Ils utilisent des espèces de camions militaires tant on s’enfonce dans le sable fin. Après sept kilomètres, nous rejoignons la mer, longeons la plage et passons à côté d’une baleine morte. Cabo Polonio est une réserve. C’est un petit village d’environ 150 petites maisons cubiques au bord d’un Atlantique déchainé. L’une des particularités de l’endroit est ses dunes de sable. A pied nous longeons la plage jusqu’aux magnifiques dunes. Puis nous marchons sur les dunes, nous courrons en bas et remontons. Selon l’orientation de la dune, le sable peut-être hyper brulant. Près du phare il y a des colonies d’éléphants de mer. Nous sommes à une cinquantaine de mètres des ces impressionnants animaux. Les mâles se chicanent et s’affrontent dans des cris ahurissants ; ils se dressent l’un contre l’autre et cherchent à se mordre. Ils affirment leurs supériorités. Un mâle a 10 femelles à protéger… et à honorer. Nous sommes fascinés. On voit que Noan grandit car pendant cette heure d’observation, il ne demande pas à partir ; au contraire, il observe, pose des questions, commente, c’est vraiment génial. J’espère que nous avons su lui transmettre l’observation, la curiosité, la découverte et le respect des autres et de la nature pendant ce voyage.

A Paloma, nous visitons le phare. La vue est splendide. Nous voyons passer des cargos au loin, peut-être qu’il y a celui sur lequel nous allons embarquer. Par contre pas de baleines, elles sont déjà reparties (nous apprenons qu’elles on eu un mois d’avance, encore un méfait du changement de climat). Le phare date des années 1700, il mesure 29 mètres de hauteur et 475 escaliers permettent d’atteindre son sommet. On nous avait vanté les plages de Punta del Este, mais nous traversons cette ville truffée d’immeubles. Nous ne nous arrêtons que le temps de prendre la photo d’un joli pont en forme de vague et poursuivons jusqu’à Piriapolis qui est beaucoup plus accueillante que sa voisine. Nous vérifions régulièrement la date de départ de notre bateau marchandise, le Grande Atlantico, ça a passé du 25 ou 26 novembre. Nous passons par Montevideo, ville ou Sabre, la société pour laquelle j’ai travaillé pendant 17 ans, a créé un centre mondial d’appel avec des gens polyglottes qui traitent les contrats des clients par Internet, raison de mon licenciement. Bref, nous voulions visiter le fort de Montévidéo mais il est tard et on doit traverser une zone de favelas, dangereuse nous dit on, pour y aller. Nous renonçons et continuons notre route. Le lendemain, je vois sur la carte un village qui s’appelle Nueva Helvecia. Nous bifurquons. En fait c’est une colonie suisse qui a été fondée dans les années 1850. En entrant dans le village, on voit une fromagerie puis nous suivons les panneaux indiquant l’Hôtel Suisse. Nous arrivons devant une immense bâtisse située en plaine nature et entourée de magnifiques arbres. Nous entrons et visitons la salle à manger. Les décorations sont les drapeaux des cantons, des cloches, un vieux sac à dos avec des crampons et une corde. On s’y croit ! Un petit plongeon dans la belle piscine ; puis nous dégustons une petite fondue, (préparation indispensable pour notre retour au pays…) et reprenons la route.

Colonia del Sacremento est une jolie petite ville très tranquille. Nous avons juste le temps de visiter la vieille ville à pieds puis nous quittons l’Uruguay et embarquons pour l’Argentine. L’arrivée à Buenos Aires nous fait tout drôle… la boucle est bouclée et la présence à la douane du même douanier qu’il y a une année, nous le confirme. Il se souvient de nous et nous de lui. Une année déjà que tout excités nous découvrions cette ville et attendions notre « Petit-Bus ». Nous revoilà, plein d’images, pleins d’émotions et riches à jamais de toutes nos découvertes. Il y a bien des rides et des cheveux gris en plus, mais ils se seraient aussi multipliés chez nous. Qu’elle CHANCE nous avons eu ! Tout c’est bien passé, « Petit bus » nous a fait des frayeurs mais il ne nous a jamais laissé en rade. On a jamais été volé ou agressé et nos quelques soucis de santé se sont envolés. Un projet fou mené à terme ou presque, avec brio. Reste la traversée de l’Atlantique, puis la traversée de l’Allemagne…

A Buenos Aires, nous nous garons dans le quartier de San Telmo, au même endroit que l’année dernière. Nous sommes touchés par les gens qui nous reconnaissent et viennent nous saluer, prendre de nos nouvelles. Un soir, nous avons la chance d’écouter l’orchestre symphonique de Berlin en plein air sur la grande place de l’Obélix, la plus large avenue du monde, celle du 9 de Julio, a été bouclée pour l’occasion.

Notre bateau marchandise, le Grande Atlantico, arrive le 25 novembre à 6h45, nous devons nous présenter au port le 25 novembre à 10h00. Nous quittons Buenos Aire le 26 novembre 2008 à 2 heures du matin. Nous avons mis le réveil pour assister à ce grand départ… les amarres sont lâchées et doucement, tout doucement, notre navire cargo (214 mètres de longueur, 32 mètres de largeurs, 29 membres d’équipage et 6 passagers) se sépare du continent. La nuit est douce et nous voguons dans l’obscurité en direction de nouvelles aventures, cap au nord. Prochaine escale à terre : Paranagua, Brésil.

 

Publiée le : 07.12.2008 à 03:12:08
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