Nous avons passé le cap de la nouvelle année à Sarmiento. Nous avons hésité entre la route 40 (piste) et la route 3 asphaltée. Finalement nous décidons d'opter pour l'aventure… « Ruta 40 ». Ce seront un millier de kilomètres de pistes désertes qui nous conduirons jusqu'au sud. Nous passons par Rio Mayo puis Perito Moreno (qui n'a rien à voir avec le glacier du même nom). Nous visitons les Cuevas de las Manos, lieu hautement historique ou les indiens y ont laissé de fabuleuses peintures rupestres qui illustrent leurs modes de vie. Elles sont le plus souvent de la main gauche. Pas moins de 800 mains au total. Elles datent de plus ou moins 10 000 ans et sont très bien conservées. Elles sont de toutes couleurs, en fait, ils utilisaient des minéraux (que nous avons vu en passant sur la ruta 40). Les archéologues pensent qu'ils étaient des petits groupes de 30 individus. Ils plaçaient la main contre le mur et crachaient la peinture dessus, ou utilisaient une sorte de petite serbe à cane. Il y a quelques pétroglyphes qui décrivent des scènes de vie, de chasse, les guanacos sont représentés ainsi que les indiens qui on l'air de lancer des pierres sur les animaux. C'est vraiment génial ! Cette tribu vivait en hiver dans leur grotte et en été sur les grands plateaux en dessus du canyon. Puis nous poursuivons notre périple. Pour imaginer ce qu'est la route 40 et bien il faut imaginer des immenses étendues sans rien. Ni habitations, ni traces humaines, ni arbres. Juste une piste qui traverse des étendues plates à perte de vue. Faut pas avoir de gros problèmes de santé ou technique dans les environs car il n'y a tout simplement rien… juste la piste qui passe de la tôle ondulée, aux petits cailloux puis des gros cailloux à la terre battue ! Les trous du bus ont quasiment tous été bouchés et nous avons un minimum de poussière comparaison à nos premiers kilomètres de piste. Par contre ce qui est impressionnant et parfois fatiguant au file des kilomètres c'est le boucan à l'intérieur du bus. Tout vibre. Les portes, les armoires, les affaires de cuisine… On a l'impression que le bus va se désintégrer… On peut à peine écouter de la musique et on crie pour se faire comprendre. Malgré cela Noan fait ses siestes sans problèmes, les enfants sont vraiment incroyables… On essaie les boules quies ce qui amuse beaucoup Noan… mais le souçi c'est qu'on entend plus rien et qu'on a tendance à appuyer sur le champignon ! Les cailloux giclent de plus belle et le bus se met parfois à glisser sur ce type de terrain. On fera donc sans les boules quies. En repartant des grottes, nous souhaitons remettre de l'essence à Bajo Corrales, un tout petit hameau, mais il n'y en a plus… En route François reconnait au loin le San Lorenzo, la montagne qu'ils avaient essayé de vaincre il y a 6 ans avec David et Mike. Imposant massif neigeux que l'on voir de très loin. Superbe ! Une des plus vieilles montagnes d'Argentine, plus ancienne que le Fitz Roy et le Cerro Torre. En route on dort au milieu de cette pampa désertique. On y voit beaucoup de guanacos et de choiques, genre d'autruches. Pas un arbre pour se protéger du vent violent. Les touffes d'herbes dorées balayées par les vents me rappellent mon voyage à vélo avec Suzette. Même garé de face, le bus balance bel et bien. Vu que nous ne dépassons pas les 60 km à l'heure la conduite n'est pas affectée par ces violentes rafales. Une très mauvaise piste nous oblige à rouler à 20 km heure. Les cailloux sont énormes, ils giclent et on les entend frapper la carrosserie ou le pare-choc, c'est impressionnant ! La route est longue à cette vitesse et le paysage toujours désertique. Soudain la piste devient meilleure et on débouche sur le lac Cardiel, immense lac turquoise qui se reflète dans les nuages, magnifique ! On croit presque que c'est un mirage ! On s'arrête on prend des photos, on marche sur le plateau qui surplombe le lac. Puis on continue jusqu'à l'estancia Siberia, seul endroit habité sur des centaines de kilomètres… On est tout content de s'arrêter. On souhaite acheter un peu de diesel mais y en a plus… On passe la nuit près de l'estancia. Puis le matin on descend au bord du lago Cardiel. Nous marchons sur une plage de galets, l'ambiance est spéciale. Un flamand rose solitaire… le vent souffle modérément. Avec Noan, sur le sable, on dessine un réseau de trains avec des gares faites de cailloux. On mange dans le bus puis on reprend la piste. François a mis le jerrycan de 20 litres d'essence dans le bus. Il y a 80 kilomètres de piste jusqu'à Tres Lagos ou nous devons impérativement remettre de l'essence… La piste est bonne à part quelques tout petits tronçons. Nous arrivons enfin à Tres Lagos ou nous retrouvons le goudron ! A la station le gars nous fait signe… pas de benzine ! ça fait 5 jours qu'ils sont à sec et ne savent pas quand ils en recevront… Et dire que l'Argentine s'auto suffit en pétrole ! Nous décidons de tenter notre chance jusqu'à El Chalten… mais 130 kilomètres on va être super juste. Je roule au plus économique mais nous avons le vent de face et le réservoir se vide, on est sur la réserve et il reste plus de 60 kilomètres, mission impossible… On demande sur un chantier, on nous indique un autre chantier plus loin. Le temps est assez beau, on voit bien le Fitz Roy et le Cerro Torre mais l'heure n'est pas aux photos. On voit une grande Estancia non loin de la route, on décide (en fait on a pas le choix) d'aller demander, l'employer nous dit d'aller voir le boss. Nous arrivons devant sa maison. Le Gaucho chic est devant sa luxueuse maison avec son poignard dans le dos. Pas sympathique du tout le gaillard, je lui explique notre problème: plus d'essence à Bajo Caracoles, plus d'essence à Tres Lagos, on a mis notre jerrycan de 20 litres et on a 640 kilomètres au compteur… nous n'arriverons jamais à El Chatlen. Il nous vend 20 litres qui nous sauverons, muchos gracias ! Nous passerons près d'un mois à El Chalten. François est tombé sur Carsten et Anke, des amis allemands qui vivent en Suisse mais passent 3 mois par année à El Chalten. Il les avait rencontrés ici il y a 6 ans. Ils ont maintenant 3 enfants, deux jumeaux de 3 ans et une petite d'un an et demi. Ils ont des amis qui on un garçon de 4 ans. Noan est aux anges ! Au début la météo n'est pas bonne, il pleut. Nous partons toute l'équipe, avec en plus deux suisse allemands Mario et Dominique pour deux jours au Lago San Martin. Il y aurait des trucs à équiper, mais après observation ça ne vaut pas la peine. François et Noan pêchent ainsi que Mario et nous nous régalons de délicieuses truites. Mario et Dominique dormirons avec nous dans le bus. C'est sympa d'avoir des invités !
De retour à El Chalten, une fenêtre météo favorable est annoncée. Dominique repart en Suisse. Mario est seul, François est bien tenté de faire quelque chose mais on a pris aucune affaire de montagne faut dire qu'entre le matos de camping et celui de grimpe, y a plus beaucoup de place ! Chacun prête quelque chose à François, des chaussures, un piolet, un casque, et l'histoire est lancée. J'emprunte un porter à Anke. Noan et moi décidons d'accompagner les hommes jusqu'au camp de base Agostini d'où la vue sur le Cerro Torre et El Mocho (ce que Mario et François veulent faire) est superbe ! Après quasiment quatre heures de marche nous arrivons au camp de base. Noan a marché une bonne heure. Le reste je l'ai porté, mais il devient un peu lourd ou la maman un peu vieille pour ce genre d'exercice… On mange ensemble avec une soupe et un plat de pâtes, puis, François et Mario partent vers les 21h30. Nous les accompagnons jusqu'à la tyrolienne qui traverse le Rio Fitz Roy. Noan est fasciné de les voir traverser la rivière de cette manière, pendus à leurs baudriers avec un mousqueton. Il est un peu triste de voir partir son papa. François nous siffle lorsqu'il est sur l'arête, on lui dit au revoir. Noan me pose plein de questions, ou vont-ils dormir ? ont-ils une tente, que vont-ils manger, qu'elle montagne vont-ils gravir, quand reviennent-ils ? etc. etc. Je lui explique qu'ils vont marcher encore quelques heures et qu'ils vont ensuite dormir à la belle étoile avec leur matelas et leurs sacs. Je le rassure, il finit par s'endormir. Mario et François arrivent à El Chalten le lendemain à minuit tout heureux d'avoir réussi la voie du bénitier à El Mocho.
Mario nous a raconté qu'il avait pêché d'énormes truites au Lago Desierto. Nous décidons d'y aller quelques jours. Au premier abord l'endroit est bof avec plein de touristes. Nous longeons le lac une heure pour nous retrouver seul. Noan pêche un peu mais prête rapidement sa cane à papa qui est tout content. On construit une cabane, sa première cabane, ce qu'il adore. En fin d'après-midi, ça mord Mario et François sortent 4 magnifiques truites saumonées. L'endroit est tellement beau, on s'y sent tellement bien qu'on décide de camper. Les hommes vont chercher les affaires au bus, et on monte le camp. Un superbe feu de bois et nous dégustons nos truites succulentes ! Le coucher de soleil (vers les onze heures) est splendide ! le Fitz Roy se reflète droit devant nous dans le lac qui s'est teinté de rouge. Que demander de plus… rien, absolument rien, on se sent en totale harmonie avec Mère Nature.
De retour à El Chalten, chose quasi exceptionnelle pour la région… une fenêtre de 5 jours de beau est à nouveau annoncée… François et Mario décident de tenter l'ascension du Cerro Torre, (Mario ayant déjà fait celle du Fitz Roy). A nouveau le prêt de matériel s'organise… cette fois ça ira jusqu'au pantalon prêté par Thomas Hubert, les gants par Stéphane Siegrist, le casque, les chaussures et les crampons par Carsten et le piolet par un Autrichien dont je ne sais pas le nom… Les hommes reprennent donc le chemin de la montagne. Cartsen est déjà en montagne depuis deux jours. Nous sommes donc les deux mamans avec les quatre enfants. Anke organise une séance peinture. Elle avait ramené de la vaisselle et de la peinture des Etats-Unis et voulaient les peindre. Quelques uns de leurs amis avaient fait les motifs il y a quelque temps, et avec les enfants, nous faisons le remplissage. C'est très sympa et tout se passe bien. Nous allons aussi jusqu'à une très jolie estancia. Un matin c'est séance tatouages pour les enfants. Tous dans le bus, on colle les tatouages non seulement aux enfants mais aussi aux mamans !
Un jour je décide d'aller avec Noan voir le glacier Viedma. Il est trois heures et demie lorsque nous prenons le bateau. Le spectacle commence de suite, on voit un petit iceberg flotter, puis un immense qui s'est décrocher il y environ une semaine. Et voilà le glacier qui plonge dans le lac. Quel cadeau de la nature. Ca fait bien quelques années que j'attends de voir cela, et voilà, c'est devant moi. Je pensai le voir en Alaska, mais c'est en Patagonie… Le bateau ralenti et on s'approche assez près. Le glacier de Viedma recule contrairement à celui de Perito Moreno qui avance. C'est fantastique de voir ces lames de glace tels des cathédrales qui dépassent de l'eau. Ces glaciers sont en fait les terminaisons du gigantesque Hielo Continentales sud, un immense glacier de 500 km de long qui est à cheval sur l'Argentine et le Chili. Même si notre excursion se limite à ce qu'on reste sur le bateau, (il faut au moins douze ans pour pouvoir aller marcher sur le glacier) ça vaut vraiment la peine !
Deux jours plus tard, j'apprends par un alpiniste espagnol qu'il a rencontré François et Mario qui grimpaient juste au-dessous du sommet alors qu'eux-mêmes entamaient leur série de rappels. Il était environ 22 heures… Faut dire qu'ici il fait jour jusqu'à 23 heures en tout cas. Bonne nouvelle, je le remercie. Le lendemain soir les hommes sont de retour. Ils sont très contents d'être allés au sommet du Cerro Torre, François me remercie de lui avoir donné le temps. Il a trouvé très long et fatiguant, non seulement physiquement mais surtout mentalement, 1500 mètres de face ! L'escalade artificielle c'est aussi usant. Tu tires par-ci, tu te ripes par-là, il faut placer l'équipement, coinceurs, friends etc. parfois vis à glace. Le deuxième jour ils sont montés jusqu'au pied de la face et ont fait dix longueurs, puis ils ont dormi dans la face, sur une espèce de petit replat, l'un en dessus de l'autre. Ca veut dire que jusque là ils avaient les sacs de couchage, les matelas, le réchaud, le gaz, les casseroles et la nourriture, de bien gros sac pour grimper ! Puis ils ont fait toute la journée, de 6 heures jusqu'à 22 heures pour atteindre le sommet quasi sans pause. Heureusement qu'il fait jour jusqu'à 23 heures. Quelle plaisir de pouvoir admirer le couché du soleil sur le Hielo Continental sud depuis ce sommet mythique tellement convoité et si peu réalisé. Puis ils ont entamé leur longue descente, 1000 mètres de rappel. A cinq heures du matin ils arrivaient au col de la Pacientia. Ils ont dormi deux petites heures, ont récupéré les affaires laissées, puis ont repris les rappels sur 500 mètres et ont marché jusqu'à El Chalten pour arriver à 20 heures trente ! Quelle virée ! Bravo pour l'exploit ! Mario et François se sont super bien entendus malgré quelques petits problèmes de langue. Et dire qu'il y a trois semaines ils ne se connaissaient même pas… C'est ça les rencontres de la vie, il faut juste être au bon endroit au bon moment, et les choses se font. Comme disait Carsten à François : « tu viens avec deux copains pour faire de la montagne et tu ne fais rien, tu viens en famille sans l'idée de faire de la montagne (donc sans équipement adéquat) et tu fais deux beaux sommets ». Merci à tous ceux qui ont contribué à ces succès par des prêts de matériel ou des informations.
Voilà, notre séjour à El Chalten arrive à sa fin… direction El Calafate. Les Carstens partent aussi et Mario a son avion dans quelques jours. Il décide de venir voir le glacier avec nous. Nous arrivons de nuit. Lorsqu'on se réveille et qu'on sort du bus, c'est l'extase, un immense glacier droit devant nous ! Il est super crevassé ce qui donne des espèces de tours de glace alignées les unes contre les autres. Blanc, bleu, bleu transparent, bleu turquoise, c'est grandiose. Des passerelles nous conduisent devant le glacier. Sa longueur jusqu'aux lointains sommets est de 30 kilomètres. Sa superficie est de 195 kilomètres carrés. Sa face côté lac Argentino est de 3200 mètres et celle de l'autre côté est de 1800 mètres. Sa hauteur est de 50 à 55 mètres. Gigantesque ! On l'entend gronder, craquer et soudain un pan de glace se détache sans bruit et tombe dans le lac, quelques secondes plus tard le grand « crac » se fait entendre, l'eau ondule et une vague se forme en fonction de la grosseur du bloc. Impressionnant ! C'est magique de voir comme notre planète vit. C'est comme les volcans, ça me fascine d'entendre et de voir la terre vivre, respirer, rugir et gronder. Nous avons eu de la chance de voir ce spectacle avant la nuée de touristes car il en vient chaque jour environ 1500. Les passerelles sont pleines et il faut attendre son tour pour prendre sa photo… Il faut dire que c'est pour beaucoup le clou du voyage en Argentine. C'est vrai que c'est magnifique et en plus il fait beau. On part rejoindre un petit port d'où on prend un bateau pour s'approcher de la face du glacier. Pas mal de monde mais quand même très impressionnant de voir ça de près. C'est une balade d'une heure qui nous permet de l'observer dans toute sa splendeur ! Les bruitages sont couverts par le moteur du bateau mais les icebergs que l'on voit en naviguant sont magnifiques.
Ca nous a tellement plut qu'on décide de refaire une petite croisière pour aller voir quelques glaciers de plus. On embarque sur un superbe catamaran à deux étages. On commence la navigation en passant par la « boca del diablo », le point le plus étroit du lac Argentino. Nous nous engageons dans le canal du Brazo Norte (bras nord) pour aller jusqu'au glacier Spegazzini, du nom d'un explorateur italien. Le temps est assez couvert, mais heureusement il ne pleut plus comme ce matin. Ce glacier de 66 km carré est alimenté par deux langues glaciaires séparées par des rochers au milieu, vraiment étonnant. Sa hauteur de face est de 80 à 135 mètres ce qui fait qu'il est le plus haut glacier du parc national. Sa longueur de 25 kilomètres pour une largeur de 1,5 kilomètre. Il y a peu de végétation sur son côté gauche du a un feu d'il y a 60 ans. C'est très impressionnant et on ne se lasse pas de voir ces monstres de glace avec leurs formes et leurs couleurs surréalistes. Puis on navigue en direction du glacier Upsala. En chemin on rencontre des icebergs énormes avec des formes incroyables. A part son énorme recul de ses dernières années, il est le plus grand glacier du continent glaciaire de Patagonie. Il doit son nom à la ville de suède Upsala car son université sponsorisa les premières études glaciologiques dans la région. La hauteur de ses murs de glace fluctue entre 60 et 80 mètres, sa surface est de 595 kilomètres carrés avec une longueur de 60 kilomètres. Sa largeur varie de 7 à 5 kilomètres. La surface totale du bassin du glacier d'Upsala est de 1000 kilomètres carrés. La profondeur du lac devant le glacier est de 1000 mètres. Nous sommes vraiment très impressionnés par la surface qui se trouve derrière ce glacier, c'est immense ! on en voit à peine le bout qui fini dans le ciel qui se dégage. Puis on reprend la navigation en direction de la Bahia Onelli (Baie Onelli). Là on descend du bateau et une très jolie marche dans une forêt enchantée avec des arbres typiquement patagoniens qui ont des barbes de vieux (barba de viejo) qui est en fait du lichen qui pousse lorsque l'air est trop pur. Au bout d'une demi heure nous arrivons à la Laguna Onelli entourées de ses trois glaciers, Onelli 45 kilomètres carrés, Bolado 16 kilomètres carrés et Agazzis 31 kilomètres carrés. La lagune est recouverte d'énormes blocs de glace ce qui rend ce panorama encore plus surréaliste. On prend le temps de s'imprégner de cette beauté, on pic-nique puis on repart au bateau.
On continue notre route en direction du sud. On s'arrête à Rio Gallegos. C'est pas fait exprès mais chaque fois qu'on arrive dans une ville et qu'on a des choses à y faire… comme racheter du gaz, c'est dimanche et tout est bouclé. Faut dire qu'on perd un peu la notion du temps et des jours… Rio Gallegos sera graver sur moi à jamais… Le vent est d'une violence incoyable. Les rafales ramasse tout sur leurs passages. C'est ainsi que je ramasse la porte du bus en pleine tête… (moi qui pensait avoir la tête dure, et bien elle n'est pas si dure que ça !!!) J'ai senti les vertèbres cervicales se déplacer sur l'arrière ! Heureusement que Noan était un peu en retrait… j'ose à peine imaginé si c'est lui qui avait pris la porte. Je rentre dans le bus pour m'asseoir, je passe la main dans les cheveux, elle est pleine de sang. Noan pleure, François qui était au volant prêt à partir n'a rien vu et ne comprend rien. Il me passe du papier ménage, puis éponge lui-même la blessure. Je suis toute blanche. Le choc était des plus brutale. Voyant la plaie François me dit qu'il faut aller faire recoudre. On se renseigne, l'hôpital est à 500 mètres. Une infirmière me reçoit. J'ai envie de vomir. Elle me plante un masque à oxygène sur le nez et fait couler des litres d'eau oxygénée sur la plaie, puis elle part chercher une sucette pour Noan ! Une dame en chemisier rouge me demande ce qui s'est passé, je lui explique que « j'ai rencontré le vent de Patagonie… » Elle me dit qu'elle va m'anesthésier et me recoudre, ça doit être la doctoresse. Lorsqu'elle veut me piquer dans la tête, je me fais asperger… serait-ce une nouvelle technique ??? non, l'infirmière lui dit que ça lui est déjà arrivé, elle reprend une ampoule et cette fois elle me pique et commence directement la couture. C'est la première fois que je me fais recoudre (à part après la naissance de Noan) et là je sens vraiment l'aiguille dans la chaire… le deuxième point ça va mieux et le troisième je ne sens plus rien. Je pensais qu'on me raserait mais rien du tout. La plaie est sur le haut du front et le pansement est vraiment choc ! Deux à trois jours d'analgésique (que nous avons) puis enlever les points dans 7 jours. On sera certainement à Ushuaia… On prend donc la route en direction de Punta Loyola pour y voir une épave dont on nous avait parlé. Lorsque nous sortons de Rio Gallegos, nous croisons un cycliste assis au bord de la route, il ne peut rein faire qu'attendre que le vent se calme. C'est vraiment hyper violent et même la conduite du bus est périlleuse ! C'était bien le jour à recevoir une porte en pleine tête !!! Heureusement c'est qu'à 28 kilomètres. Le vent est d'une violence inouie, François a le T-shirt collé au dos et il marche en se penchant en avant. Nous nous équipons, puis sortons en tenant bien Noan. La mer est chahutée et les moutons sont les uns contre les autres. Une brume provenant des crêtes des vagues qui sont balayées et mélangées au sable volant donne un côté mystérieux à ce paysage. L'immense épave rouillée est posée à 150 mètres de la mer. Son mat est cassé. En fait ce bateau, le Kantly a été incendié et naufragé en 1910. Il transportait du charbon. Une ouverture nous permet de visiter l'intérieur. Il a du se faire trouer car on voit bien les traces des boulets dans la coque. C'est fascinant ! Merci à Daniel d'avoir partagé avec nous ce lieu mythique ou toutes les histoires de pirates revivent… Voilà un endroit qui n'est pas dans les guides ! Le vent est tel qu'il est difficile de marcher sur la plage. On peut presque s'appuyer entièrement sur le vent. Et vive la Patagonie !!! le top il parait que c'est Ushuaia…
On reprend la route, le sud approche… en deux jours on passe quatre fois les douanes… nous sortons d'Argentine et rentrons au Chili puis nous sortons du Chili pour enter à nouveau en Argentine… on pouvait le faire en une journée mais on a préféré prendre le temps au cas ou ce serait pénible nerveusement… mais tout s'est bien passé. Le temps est moyen sur ce tronçon et la neige a blanchi tous les sommets qui entourent Ushuaia… Après un tour dans cette charmante ville nous allons au parc national Tierra del Fuego. On campe dans un magnifique endroit. Des centaines de lapins gambadent autour de nous. Des gros oiseaux gris et blancs, sortent d'oies. On ne s'est pas leurs noms c'est la première fois qu'on les voit. On est tout au bord d'une rivière sur un doux gazon. Ça s'appelle la Laguna Verde. Quel plaisir de se retrouver dans la nature même s'il fait frisquet et que le temps est moyen. Noan est tout fou, et nous de même. On monte le grill, on a l'impression que ça fait des lustres qu'on ne l'a plus utilisé, c'est vrai qu'on a fait des feux ces derniers temps. Nous allons au bout du parc ou se trouve la Bahai Lapataia. C'est là que fini la route 3. C'est elle qu'on avait pris il y a plus de deux mois avec Polo pour sortir de la capitale. Un panneau indique qu'on se trouve à 3063 km de Buenos Aires et à 17848 km de l'Alaska ! Le but final de milliers de voyageurs de toute sorte. Ca fait un peu bizarre d'être là. La petite baie est calme et brumeuse. Voilà une étape de plus qu'on peut tracer de notre itinéraire. Pour le plus grand plaisir de Noan nous prenons le train à vapeur du bout du monde. Le temps est magnifique et nous avons de la chance. Le lendemain nous faisons une croisière sur le détroit de Beagle. Nous nous approchons de l'île de los Lobos ou Isla de los Pajaros, ou vivent de nombreux lions de mer que nous voyions de bien plus près qu'à la Péninsule de Valdès. Ils sont vraiment impressionnants ! Autour d'eux sont des milliers de cormorans noirs et blancs. Leurs vols ressemblent à ceux des canards avec leurs ailes qui battent vite l'air rapidement. On reste là un moment, puis on s'en va en direction du Phare des Eclaireurs. Le phare légendaire qui indique l'entrée du canal de Beagle, puis le port d'Ushuaia. Le canal est truffé de petits ilots et on imagine sans mal la peine des explorateurs à se diriger dans ces zones. Voilà pourquoi l'endroit à la triste réputation d'être le plus grand cimetière de bateaux du monde… Aujourd'hui il n'y a pas de brouillard mais c'est assez exceptionnel pour la région ! La baie est entourée de montagnes enneigées, au fond on distingue les paquebots venant de l'Antarctique, l'ambiance est surréaliste. Puis on part en direction de l'Isla Martillo ou se trouve une jolie colonie de pingouins de Magellan. Le catamaran s'arrête sur la plage. La plage est couverte de ces rigolotes créatures. On ne peut pas descendre du bateau de toute la croisière, mais c'est pas si mal afin de conserver cette nature intacte. Puis on se dirige vers l'Estancia Harberton. On laisse quelques touristes hollandais qui vont rentrer en bus et on reprend la mer pour revenir à Ushuaia.
Nous quittons le point le plus austral de notre voyage pour remonter vers le nord. Un ferry de deux heures nous fait traverser le canal de Magellan, nous débarquons à Puerto Arenas puis nous roulons jusqu'à Puerto Natales. De cette jolie petite ville portuaire, nous partons pour le fameux parc national Chilien Torres del Paine. La pêche ne donne rien à Rio Serano. Sur la piste nous crevons pour la première fois du voyage. François et Noan réparent la roue avec une technique « mèche » que nous nous étions procurés en Suisse. Nous décidons d'aller faire un trek pour aller voir de près les Torres del Paine. On prépare les sacs à dos. La tente, les sacs de couchage, les matelas, les casseroles, le réchaud, la nourriture pour trois jours, des habits chauds, du rechange pour Noan, une mini pharmacie, les verres de contactes, les lunettes etc etc. Ca va, les sacs sont moins lourds qu'à El Chalten. Nous montons pendant deux heures. Noan marche comme un grand, il a du plaisir. C'est au campement Chileno que nous montons la tente. Les vents sont impressionnants. Les rafales sont super violentes. Nous avons opté pour cet endroit car si vraiment le temps est mauvais nous pourrions nous replier avec Noan au refuge. Le plaisir de Noan c'est de planter les sardines, mettre les matelas et les sacs dans la tente. Le vent hurle toute la nuit dans les arbres qui sont au dessus de nous. Le deuxième jour nous faisons campement Chileno – campement Torres – Torres del Paine. Le vent souffle toujours aussi fort mais on est protégé par les arbres. On hésite de monter aux tours aujourd'hui, puis on se dit qu'il fait beau et qu'il faut y aller. Il est 3 heures lorsque nous commençons à monter en direction des Torres del Paine. Une heure de montée dans la moraine avec de gros cailloux. Nous traversons quelques jolis petits ponts et nous arrivons au sommet de la moraine. Quel spectacle que ces trois immenses tours de granit. Elles s'érigent droit devant nous au-dessus d'un petit lac à la couleur laiteuse. Le ciel n'est pas beau bleu mais on les voit très bien et on est content qu'il ne pleuve pas. Ca valait la peine. Noan a de nouveau marché comme un chef. Nous n'avions plus les sacs il aurait pu demander de se faire porté mais il ne l'a fait qu'une fois. Il est tout fier d'être monté tout seul et nous le félicitons ainsi que d'autres personnes qui sont là. Le lendemain il pleut… nous avions fait le bon choix de prolonger jusqu'aux tours hier… Nous attendons que la pluie s'arrête, il est 11 heures lorsque nous prenons le chemin du retour. Nous arriverons juste au refuge Chileno lorsque la pluie reprend de plus belle. Le temps de pic niquer à l'abri et la pluie stoppe à nouveau. Le vent reste violent, mais il fait beau pour la descente jusqu'au bus que nous avions laissé près d'un petit pont que nous n'avons pas pu franchir… (après vérifications à la cordelette, nous étions trop ventru de 10 centimètres…). Nous avons vraiment passé entre les gouttes dans ce parc qui est réputé pour ses changements de météo et pour y avoir les quatre saisons en un jour.
De retour à Puerto Natales, nous prenons le bateau pour une croisière de 4 jours. Nous remontons plein des canaux dans des paysages fantastiques avec des couleurs uniques. La nature est intacte, personne n'y habite et personne n'y accoste. C'est magique. On va voir un superbe glacier, puis on reprend la mer vers le nord. Noan est ravi de pourvoir aller dans le poste de pilotage et de voir le commandant ainsi que ses collègues. Il est fasciné par les radars et tous les instruments nécessaires à la navigation. Il a charmé tout le personnel du restaurant et reçoit sans cesse des yogourts ou des fruits supplémentaires… Il y a deux paires de jumeaux de 5 ans, des allemands et des chiliens, ils sont tout contents de jouer ensemble. Toute bonne chose ayant une fin, nous arrivons à Puerto Montt. Nous décidons de visiter l'île de Chiloé. En route nous rencontrons Bernard et Diana, des genevois que nous avions rencontré lors de notre croisière. Nous leur offrons de faire un bout de route avec nous. On a la chance d'avoir un bus qui le permet. C'est ainsi que nous passons une sympathique semaine ensemble. Nous avons la chance de tomber sur 3 jours de beau (sur les 60 jours annuels répertoriés pour l'île de Chiloé). L'île est longue de 200 km et large de 50 km, Chiloé a toujours occupé une place à part au Chili, par son isolement et sa spécificité géographique, historique et culturelle. Découverte seulement en 1553 par les conquistadores espagnols, elle fût rapidement colonisée par les jésuites. Après la révolte mapuche en 1598 sur le continent, Chiloé connut une longue période d'isolement. Bastion important de la résistance royaliste pendant la guerre d'indépendance, les Chilotes furent les derniers à accepter la rupture avec l'Espagne. De cette histoire tumultueuse est née une population atypique aux traditions fortes. Les légendes semblent aussi appartenir au quotidien avec une évidence naturelle. La pêche, le ramassage des algues destinées au Japon, la culture céréalière, celle des fruits et de la pomme de terre (originaire de Chiloé) et enfin l'exploitation du bois sont les ressources essentielles de l'île. Nous décidons de pas aller voir les pingouins pour profiter de découvrir l'île. Les maisons et les églises sont faites de bois peint, c'est vraiment charmant. En remontant sur Bariloche, nous souhaitons voir le volcan Osorno, mais le temps n'est pas avec nous. Pluie et brouillard, nous nous arrêtons donc aux bains thermaux d'Aguas Calientes. C'est à Bariloche que nous quittons Diana et Bernard. C'est drôle de se retrouver les trois. Nous allons passer un mois pour grimper dans la région, et eux continuent vers le nord. Voilà, c'est là que s'achève notre deuxième épisode…
A bientôt pour le 3ème feuilleton !